Mardi 6 juillet 2010 2 06 /07 /Juil /2010 17:34

6 juillet, le grand départ approche dangereusement... Je retourne d’abord au Chili, une semaine, puis me resteront deux ou trois jours à Mendoza avant de filer à Buenos Aires et me « despedir » vraiment de l’Argentine. Mais en réalité, l’ambiance de départ et d’adieux a déjà pris ses quartiers à Mendoza. Les despedidas s’enchaînent, à commencer par la nôtre à Capucine  et moi, les dernières fois en tout genre avant on ne sait combien de temps. On a envie de faire un bilan déjà, on repense à tout ce que l’on a fait, pas fait, mal fait (même si « il ne faut rien regretter » m’a dit Noelia ma coloc, « seulement se poser les bonnes questions »),  à ce que l’on ramènera de tout cela, et on se rappelle le début, quand  juillet 2010 semblait si lointain !

24 juillet 2009 : je posais le pied à Buenos Aires, explosée de fatigue, surexcitée  partagée entre un reste de tristesse, de l’appréhension et l’euphorie !

24 octobre 2009, trois mois tout pile sur le sol argentin. Il m’en restait neuf, et cela me semblait insurmontable alors que je passais certes par de bons moments mais dans un pays auquel je me sentais desespérement et totalement étrangère.

24 février : j’étais alors au Chili, en stage, et j’ai presqu’été surprise en pensant que sept mois s’étaient écoulés, et que finalement, j’avais passé la moitié. Le mois de juillet 2010 me semblait soudain bien moins inaccessible, même plus si désirable en tout cas dans l’immédiat, et les cinq mois à venir à venir se profilaient plutôt bien, entrecoupés par la venue de ma famille.

24 juin, 2 juillet, 6 juillet... soudain le temps passe trop vite. Je me retourne et tout cela me semble incroyable. J’ai la sensation d’avoir été déposée par surprise au beau milieu de ce mois de juillet et voilà qu’il faut déjà partir... L’Argentine fut loin d’être l’évidence que j’aurais souhaité qu’elle soit, il y a de cela un an. Il a fallu l’apprendre, s’apprivoiser mutuellement, jongler entre mes identités de touriste, étudiante, française mais expatriée... Ce quotidien que j’ai tellement cherché à construire pendant tout un premier semestre où en réalité, je regrettais surtout celui de France, ce quotidien que je ne parvenais pas à créer, voilà qu’il m’est tombé dessus quelque part au cours de ce second semestre. C’est finalement lorsque je m’y attendais le moins que j’ai pris conscience que je l’avais trouvé mon quotidien et qu’il me plaisait.

Alors oui, j’ai detesté les sifflements dans la rue, les rayons déprimants de fromages tous identiques, et le chocolat « amer » incapable de dépasser les 50% de cacao ! Puis je me suis habituée aux rues désertes de la siesta du samedi après-midi, aux pizzas infâmes, à la conduite incroyable des chauffeurs de bus et même aux eternelles querelles entre les argentins et les horaires, mais jamais complètement à al villa miseria qui s’étend près de l’université et aux gamins débraillés qui nous interrogent de leurs grands yeux. Et maintenant que je m’en vais, je regrette déjà tellement de choses qui ont fait ma vie argentine ! Plus personne pour me saluer d’un « Hola buen día cómo te va ? » ou m’interpeller d’un « vení vení », il va falloir revenir pour de bon au français... Le sourire si chaleureux du vendeur de mon « negocio de la esquina », les asados qui commencent  à 23h, les commentaires de mes coloc devant le football ou notre novela, le ciel toujours bleu de Mendoza, les discussions politiques passionées en cours de socio ou autour d’un maté, et Noelia et Ana chantant Mercedes Sosa dans la maison, oui tout cela et tant d’autres choses encore vont drôlement me manquer.  Parce qu’ici c’était devenu chez moi, petit à petit, presque sans que je m’en aperçoive.

Alors maintenant qu’il faut partir, cela me semble presqu’absurde. Quitter la France fut un déchirement, bien plus difficile que ce que j’avais imaginé lorsque je pleurais de joie en lisant Mendoza en face de mon nom en février 2009. Eh bien quitter l’Argentine maintenant se révèle déchirant - différemment peut-être car de l’autre côté de l’océan ce n’est pas l’inconnu qui m’attend - mais terriblement difficile également, et tout aussi étonnant vu mon état d’esprit des premiers mois. Comme si l’Argentine avait décidé de me surprendre, coûte que coûte et jusqu’au bout, sacré Argentine !

Rentrer me fait un peu peur, dans ma tête tout plein de sentiments contradictoires s’entrechoquent, et ces derniers moments à Mendoza sont vraiment étranges, heureux et tristes. Parce que bien sûr, je vais retrouver une vie qui est la mienne, un pays qui est le mien, des personnes qui me sont chères, et des habitudes qui, comme le vélo, ne s’oublient certainement pas ! Mais ici, je laisse un an de vie et un bout de moi, au travers des lieux qui m’étaient devenus familiers, des habitudes que j’avais prises, et de gens extraordinaires auquels je m’étais attachée et qui m’ont portée, fait grandir. Je me raccroche à ce voyage en famille en Argentine qui nous a permis de partager plus concrètement une expérience si intranscriptible, à Capucine que je retrouverai à Rennes, amie et désormais éternelle ambassadrice de Mendoza pour moi, à tout ces amis français qui ont fait partie de mon Mendoza et que je recroiserai forcément en France, et à quelques mendocinos qui nous rejoindront en France, Daniel bien sûr, mais peut-être Ingrid aussi ! Je me raccroche à eux pour que mes deux mondes ne restent pas définitivement hermétiques. Et à tout ce que j’emporte au dedans de moi, souvenirs, idées, images, sensations qui me font croire que oui, je ramène aussi avec moi un peu de cette Cami d’Amérique Latine et de tout ce que j’ai vu, vécu et aimé là-bas ! Dur dur de se dire que ce que l’on quitte ici, même si on le retrouve un jour, ce ne sera jamais exactement pareil... mais finalement, c’est surement mieux comme ça, cette année restera unique et irremplaçable à tout point de vue, et c’est tant mieux ! Alors, chau Argentina, un abrazo grande, y nos vemos !

 

Par camellamendoza
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Jeudi 17 juin 2010 4 17 /06 /Juin /2010 17:18

Goooooooooooooooooooooooooooooooool ! Voici le cri qui résonne régulièrement dans les bars et maisons argentines alors que le petit écran est investi par 22 joueurs et un ballon. La Coupe du Monde est toujours un évènement un peu fou, un mois où beaucoup jonglent avec leurs diverses obligations pour réussir à voir les matchs de l’équipe nationale, et quelques autres si possible. Mais cette année, c’est encore autre chose ! D’abors, la Coupe du Monde est pour moi tellement associée à l’arrivée de l’été que, même si la suivre collée au radiateur du salon ou dans un bar surchauffé est un peu étrange, l’hiver en prend finalement presqu’une touche estivale ! Mais surtout, le football et l’Argentine c’est une grande histoire d’amour et « el Mondial » semble en être une apogée grandiose !

Match de l’Argentine à 8h30 alors que pour beaucoup d’Argentins, se lever à 10h c’est être matinal : peu importe, tous sont au rendez-vous pour supporter Carlitos, El Gringo, la Pulga, autant de surnoms affectueux affublés aux joueurs (ici Tévez, Heinze et Messi) de « la Celeste y Blanca ». Le match tombe sur une matinée de travail pour Ana, ma coloc ? Pas de problème, elle ira travailler l’après-midi ! L’équipe joue alors que les élèves devraient être à l’école ? Aucun souci : une télévision est installée dans l’école et après le match, tout le monde retournera gentiment étudier (comme le rappellent régulièrement les commentateurs au cours du match !). A l’université, les cours sont tout simplement suspendus lorsque l’Argentine entre en lice. Et ne vous inquiétez pas, personne n’est discriminé : mon professeur de sociologie nous a bien sûr permis, à Capucine et moi, de manquer la classe lorsque s’y superposait un match de la France !

Dans les rues, drapeaux, parapluies (d’une utilité douteuse à Mendoza mais passons), pin’s et bonnets aux couleurs nationales marquent une ferveur patriotique d’une autre ampleur que celle déployée pour le bicentenaire. Certains kioskos (petites épiceries-bureaux de tabac qui pululent en Argentine) affichent des réductions pour les clients venant acheter les jours de match de l’Argentine !

Quant à Maradona : un phénomène ! Si dans les mois qui ont précédé le mondial, les critiques ont fusé, aujourd’hui il n’en est plus vraiment question. Chez moi, les conversations s’arrêtent lorsque l’auteur du but « de la mano de Dios » parle à la télé, et quand au cours du match Argentine-Corée du Sud (4-1 pour l’Argentine, euphorie dans mon salon !), Diego renvoie d’une aile de pigeon un ballon arrivé en touche, les supporters argentins sont en liesse dans le stade ! Il y a quelques semaines j’ai vu le film « Le chemin de San Diego », voyage d’un jeune fan de Maradona, depuis sa province jusqu’à Buenos Aires pour offrir à son idole hospitalisée, une statue à son effigie. Encore une fois, on observe dans ce film la ferveur que suscite Diego. Etrange comme le peuple argentin est sujet à ce genre d’engouement : la Difunta Correa, el Gauchito Gil, Eva Perón, Diego Maradona... Peut-être qu’il y a ici un besoin plus fort qu’ailleurs d’être rassemblé sous une même bannière, porté par une identité collective. Peut-être aussi que Maradona est le symbole de l’espoir, un homme issu d’un quartier populaire des environs de Buenos Aires mais qui s’en est sorti par le football, véritable religion nationale. Maradona c’est aussi une fierté de l’Argentine au niveau international, comme une revendication... Il y a sans doute beaucoup d’autres explications bien plus pertinentes et je reconnais que je n’ai pas vraiment pris le temps de me pencher sur le sujet, mais ce serait passionant.

Quoi qu’il en soit, vivre le Mondial ici ajoute un grain de folie supplémentaire à l’évènement et est d’autant plus intéressant que je découvre encore un autre aspect de l’Argentine. Mais je me sauve car ce n’est pas tout ça, mais même ici, il n’y a pas que le foot dans la vie... quoique... !

Par camellamendoza
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Mardi 18 mai 2010 2 18 /05 /Mai /2010 15:13

Lorsque Capucine et moi avons décidé de faire de l’aérobic une fois par semaine, les objectifs étaient multiples : retrouver une certaine forme physique, se muscler un peu (nous ne savions pas encore que selon la prof, en dessous de sept heures d’aérobic par semaine, les effets sont inexistants... nous avons décidé de ne pas tenir compte de cet avis hautement encourageant !), se changer les idées, etc... Mais à aucun moment nous ne nous doutions que l’aérobic nous permettrait également de faire une rencontre extraordinaire. Il y a quelques semaines maintenant, une argentine  du cours, Ingrid, nous a invité à venir boire un maté chez elle. Le maté, si je n’en ai pas encore parlé, est une boisson à base d’herbe du même nom que l’on partage dans une même calebasse avec une sorte de paille de métal : c’est un aspect culturel fondamental ici, et formidable vecteur de socialisation. Maté donc, chez Ingrid, mais surtout, quatre heures de conversation passionante et drôle également, comme les soirées qui suivront, entre tacos mexicains et quiche française ! Un après-midi  au cours duquel nous avons eu l’impression de comprendre une bonne part des mystères que l’Argentine avait conservés pendant ces neuf mois.

Ainsi, par exemple, nous avons abordé le thème de la dictature, qui nous avait déjà interrogé au premier semestre, et de la perception complètement aseptisée qu’en ont beaucoup de mendocinos : « la dictature ce ne fut pas si terrible », « c’était pire avant »... Notre amie nous explique de nouveau que Mendoza est une province très conservatrice, ce qui peut expliquer beaucoup de choses. D’autre part, beaucoup n’ont à aucun moment été touché concrètement par la dictature, les disparitions, la répression, et n’accordent aucun sens au chiffre des 30 000 disparus. Quand aux jugements qui se sont tenus dans tout le pays avec le retour de la démocratie, ont-ils aidé à la prise de conscience ? Ailleurs peut-être mais à Mendoza non, il y eut très peu de jugements et bâclés en géneral, pour une raison simple et révoltante : les deux juges chargés du sujet dans la province de Mendoza furent juges (et par conséquent complices) sous la dictature et n’ont aucun intérêt à faire le jour sur tout ce qui a pu se passer durant ces années sombres.

De la dictature, la discussion passe tout naturellement aux années d’ultralibéralisme qui ont suivi et nous comprenons, enfin, cette fameuse phrase que l’on voit partout sur les murs de la ville, plus encore de l’université : « No al pago de la deuda externa » (Non au paiement de la dette exterieure). En réalité, la majeure partie de cette dette fut contractée soit sous la dictature (auquel cas l’argent emprunté à l’étranger n’arrivait jamais jusqu’à l’Etat et se perdait dans les méandres de la corruption, entre les mains de quelques dictateurs...) soit sous Menem, président de 1989 à 1999 qui vendit  nombre d’entreprises publiques à un prix ridiculement bas, et, comble de l’absurdité, nationalisa les dettes de ces entreprises ! En d’autres termes, les compagnies étrangères se virent quasiment offrir des entreprises argentines libérées de leurs dettes puisque celles-ci passèrent à la charge de l’Etat Argentin ! Bonne partie de la dette extérieure argentine est donc complètement illégitime d’où les nombreuses réclamations de l’Argentine, y compris ces jours-ci devant l’ONU, d’annulation au moins partielle de la dette.

Encore un exemple : très rapidement nous nous sommes rendu compte que beaucoup d’étudiants arrivaient en première année à l’université avec un bagage théorique et méthodologique très faible. « Le secondaire est très mauvais ici » était l’explication récurrente mais jamais personne n’avait vraiment pu nous expliquer pourquoi. Nous avons donc demandé à Ingrid. « Cuando ves algo malo en este país, siempre échale la culpa a Menem, por las dudas » (« quand tu vois quelque chose de mal dans ce pays, accuse toujours Menem, au cas où ») nous a-t-elle répondu avant de s’expliquer : quand Menem arriva au pouvoir, il racheta à l’Espagne les droits sur un système scolaire (un programme serait peut-être plus exact) dont l’Espagne de voulait plus car il ne fonctionnait pas, ne produisait pas les résultats espérés. On imagine bien sûr que les raisons de l’achat de ce programme n’avaient à peu près rien à voir avec une quelconque conviction en termes de pédagogie ou d’éducation... Dans ce système, les élèves doivent à 14 ans choisir une spécialisation relativement précise (sciences humaines, mathématiques, biologie, etc...) et surtout réductrice puisque pour qui aura choisi, exemple le plus frappant, une spécialisation en sciences dures, il n’y aura plus aucun cours d’histoire. Or, l’histoire vue jusque là se limitant à la révolution de 1810 et aux présidences fondatrices du XIXème siècle, le XXème siècle argentin par exemple, reste dans l’obscurité la plus profonde ! Ainsi, les élèves voulant changer de spécialisation en fin de secondaire, et passer par exemple de mathématiques à histoire ou sciences politiques arrivent à l’université en sachant à peine qui fut Perón, le président qui a peut-être le plus marqué le siècle dernier en Argentine... Il y a peu, nous avons pu également discuter avec une ancienne professeure de l’université de Cuyo, spécialiste en philosophie politique féministe qui a ajouté une nouvelle touche à ce panorama sur les politiques ultralibérales en Argentine : selon elle, les vingt ans de libéralisme effréné dans ce pays ont presque détruit l’Etat, aujourd’hui est incapable d’assurer correctement les droits de ses citoyens, l’équation entre droits formels et droits réels, par le simple fait qu’il fut trop, et trop longtemps affaibli...

 

Par camellamendoza
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Vendredi 7 mai 2010 5 07 /05 /Mai /2010 15:27

11 avril 2010, voilà qu'après quelques huit mois passés à 13000 kilomètres de distance, ma petite famille se trouve réunie : oui mais pas n'importe où, en Argentine !! La terre de la pampa interminable, de la passion du football, de la viande incroyablement tendre, etc... Si certaines des images avec lesquelles ma famille arrivait en Argentine se trouveront confirmées, il me semble qu'en deux petites semaines, c'est aussi un pays inattendu qui s'est offert à leurs yeux.

 

Tout d'abord deux jours à Mendoza : les petites places et les rues touristiques, un asado plus que délicieux dans la famille d'une de mes coloc, occasion d'une plongée dans la langue castillane pour une soirée franco-argentine vraiment réussie, où nous aurons goûté le fernet, expliqué la différence entre septente et soixante-dix (si si, ça a marché !), etc. Le lendemain, visite des bodegas en vélo : oui, j'ai fait l'exploit de crever mes deux pneux d'un coup, mais cela ne nous empêchera pas de visiter quelques caves, dont la bodega Trapiche, lider de la production de vin argentine, où nous profiterons d'une visite particulièrement approfondie avec dégustation à la clé. Nous apprendrons par exemple que les meilleurs vins Trapiche n'apparaissent même pas sur le marché national et sont directement destinés à l'exportation et à un pouvoir d'achat bien plus élevé que celui des argentins...

 

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Après l'episode Mendoza, commence la vraie aventure : départ pour le nord de l'Argentine, où je deviens réellement la guide attitrée, d'où une légère pression sur mes épaules par moments, mais mon groupe étant vraiment adorable, tout se passera bien ! Salta la linda, Cafayate, Jujuy, Purmamarca, puis Humahuaca tout au nord, une semaine de stage en altitude, avec des villes toutes situées entre 1200 et 3000 mètres d'altitude. Salta est toujours aussi magnifique depuis la dernière fois en octobre (!), et le bus coche-cama qui nous y a amené a fait l'unanimité ! A Salta donc, visite du musée de la haute montagne, où l'on découvre le rite inca de sacrifice d'enfants, dont certains ont été retrouvés naturellement momifiés par le froid à 6000 mètres d'altitude. Rite choquant et incompréhensible du point de vue de nos valeurs mais que le musée replace brillament dans une culture et une époque où il n'était ni barbare ni insensé. Balade dans la ville, avant, le lendemain, de partir en voiture de location à la découverte de la Quebrada de las Conchas : canyon de près de 200 kilomètres où les couleurs se déclinent du jaune jusqu'au rouge profond, en passant par des touches grises et les tâches vertes de la végétation. Un autre monde vraiment, où les spectacles naturels se multiplient et se sont offerts tellement plus facilement à mes yeux qu'au travers des vitres sales du bus que nous avions pris en Octobre. Nous logerons à Cafayate, petite ville adorable, d'où nous sommes partis pour visiter le site pré-inca Quilmès. Là encore, c'est une porte vers la culture andine. Parce qu'ici justement, l'Argentine des gauchos se mêle à une Argentine où les beaux visages tannés par le soleil, les couleurs vives, les ruines incas ou pré-incas, et tant d'autres choses encore, nous montrent que les peuples andins s'étendent bien au-delà du Pérou ou de la Bolivie.

 

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 Quebrada de las Conchas

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 Quilmès

 

A partir de Cafayate, remontée vers le nord marquée de petits imprévus : exemple d'un moment épique où le chauffeur du bus Jujuy-Purmamarca s'est soudain arrêté au milieu de rien, avant de dévisser patiemment le sol de son bus afin de tester son moteur enfumé et rugissant pour comprendre d'où venait "la fuite" ! "Ne vous inquiétez pas, nous arriverons de nuit, c'est encore mieux !" C'était vrai, nous sommes finalement repartis après plus d'une heure d'arrêt, et arrivés sain et sauf, de nuit ! A Purmamarca petit village au creux des montagnes, couronné de la montagne au sept couleurs, nous avons fouiné parmi les multiples boutiques d'artisanat, et passé le fameux col à 4000 mètres avant de redescendre sur les Grandes Salines, d'une blancheur bien plus éblouissante qu'au début du printemps (de l'hémisphère sud), où nous avons fait preuve de beaucoup d'imagination pour toutes sortes de photos plus ou moins artistiques ! Et au cours d'une discussion avec mon chauffeur de remis, j'en ai appris un peu plus sur Purmamarca : le village a été complètement transformé il y a une vingtaine d'années par le tourisme. Avant, les gens vivaient tous de l'agriculture, en grande partie en autarcie, maintenant, c'est vrai que le tourisme a apporté une manne d'emplois inespérée, mais le chauffeur "nacido y criado" à Purmamarca regrettait la disparition de cette capacité à s'auto-alimenter : "aujourd'hui, tout le monde travaille dans le tourisme, mais à côté de ça, on achète presque tout à Jujuy ou aux villes les plus proches, cette culture agricole a disparu".

 

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 A quelques 3000 mètres d'altitude, la route que nous venos de parcourir s'étend sous nos yeux.

 

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 Les salines et les piscines où le sel remonte

 

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Nous !

 

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 L'arrière du village de Purmamarca nous est apparu lors du paseo de los colorados, qui n'aurait pu être mieux nommé ("promenade des colorés", référence aux monts il me semble, plus qu'aux touristes ayant oublié leur crème solaire).

 

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 Football dans un cadre extraordinaire...

 

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 La petite place de Purmamarca

 

Après Purmamarca, Humahuaca : auberge rosée et ombragée par une vigne, hôtesse adorable (comme tant de norteños !), dans un village plus important que celui de Purmamarca, mais que j'ai de nouveau trouvé, même si les avis familiaux sont partagés sur la question, plus authentique que ce dernier : oui ici aussi, le tourisme est roi et les boutiques "d'artisanat" dont la moitié regorgent de produits industriels poussent à foisons, mais beaucoup d'habitants semblent mener leur vie propre, au-delà de ce phénomène touristique, et c'est vraiment plaisant. Nous y resterons deux jours avant de redescendre sur Salta, et de nous envoler vers Buenos Aires (Papa a réussi à passer dans l'avion avec une bouteille d'eau déjà ouverte dans son sac, disons que les contrôles ne sont pas particulièrement stricts !). Vol pas très rassurant, mais au cours duquel nous avons survolé des montagnes, vu s'étendre à perte de vue les champs cultivés de toutes les couleurs, et admiré la ville de Buenos Aires apparaître et grossir jusqu'à l'atterissage, face à la mer.

 

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 Habitant de Purmamarca, avec son chapeau typique, devant l'organisation de Quartier de Tupac Amaru, un lider indigène péruvien du XVIII-XIXème siècle : preuve que la question indigène a ici beaucoup de sens.

 

Buenos Aires, c'est juste fou ! Agitation impressionante après le calme relatif du nord, l'avenue la plus large du monde (9 de julio), architecture la plus européenne d'Argentine, une ville voisine gagnée sur le delta : Buenos Aires est une ville de superlatifs et d'exploits ! On y a passé un très bon moment, avec spectacle de tango dans la rue un soir, visite du microcentro (j'ai enfi  vu la tombe de San Martin, flanquée de deux gardes plus immobiles peut-être que ceux de d'Angleterre), du quartier Puerto Madero avec son fameux puente de la Mujer toujours aussi séduisant, mais réserve écologique fermée (premier échec de ma part !).

 

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 Symbole des femmes de la place de mai, qui durant des années ont manifesté chaque jeudi (aujourd'hui le rythme a diminué) en mémoire et réclamation de leurs frères, pères, maris disparus pendant la dictature. On décompte 30 000 disparus en 7 ans de dictature. Derrière, des affiches pour la reconnaissance des combattants des Malouines, thème toujours brûlant en Argentine.

 

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 Un aspect de Puerto Madero

 

Le lendemain, Tigre : pour se rendre dans cette ville à trente kilomètres de Buenos Aires, nous avons emprunté une sorte de train de banlieue (oui car quelques rares trains ont survécu à la disparition quasi totale, suite notamment à la période de privatisation Ménem, de ce moyen de transport), puis un train touristique. Tigre est une ville gagnée sur le delta du Rio de la Plata au début du XXème siècle. D'abord ville de commerce maritime, elle s'ouvre au tourisme dans les années soixante, et sa nature en est toute chamboulée : elle devient, rapidement, résidence pour riches argentins, et destination prisée de week-end pour les porteños aisés. D'accord emprunter le bateau-bus pour parcourir les "rues" liquides d'un delta aux eaux brunâtres car ferrugineuses (et polluées !), observer les "pontons-arrêts de bus", et se promener sur les rives verdoyantes, constitue une jolie promenade. D'autant plus que la maîtrise technique ayant accouché de cette petite ville d'eau est impressionante. Mais il est difficile de s'enthousiasmer sans retenue car il est évident que ces maisons immenses et magnifiques constituent une sorte de ghettos pour riches, comme il en existe beaucoup en Argentine, sorte de quartier privé implicite puisque sans barrière ni garde, mais dont on se doute que les prix sont de toutes manières complètement inaccessibles au commun des Argentins. Et la villa misérable (quartier très pauvre, limite bidon-ville) que l'on voit passer par les fenêtres du train touristique juste avant d'arriver témoigne qu'ici, on ne se mélange pas vraiment... Le soir, nous avons tenté de visiter La Boca, quartier populaire coloré et très touristique de la Capitale, avant le coucher du soleil : deuxième échec de ma part ! Les embouteillages nous feront arriver à la tombée de la nuit, et contrairement aux indications peu claires du routard, même le Caminito, une fois la nuit tombée, ça ne vaut pas le coup : pas un chat, ambiance plutôt glauque et peu rassurante, nous sommes repartis en vitesse, à 5 dans un taxi mais avec un petit supplément, el taxista a accepté de nous ramener sous les lumières du centre ville !

 

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Le lendemain matin, balade dans San Telmo, vieux quartier plutôt chic et bohême de Buenos Aires, dégustation d'un ultime "bife de lomo" (pièce de viande délicieuse), puis séparations plus rapides que prévu avant de s'engouffrer chacun dans nos taxis respectifs ! Direction l'aéroport international pour ma famille qui s'envolera et atterira sans souci malgré le colérique volcan islandais. Quand à moi, j'aurai 5h de retard, mais pas à cause du volcan, sinon suite aux grèves de pilotes dont les années d'ancienneté ne sont pas reconnues : ah l'Argentine ! Peu importe, au bout du compte, nous sommes tous arrivés à bon port, ravis je crois, par ce "viaje en familia por las rutas de Argentina" au cours duquel j'ai enfin pu partager concrètement avec ma famille un peu de ma réalité argentine !

 

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Petit exemple du foisonnant mélange culturel que l'on peut observer à Buenos Aires.

 

Par camellamendoza
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Lundi 5 avril 2010 1 05 /04 /Avr /2010 17:13

Que de changements depuis mon dernier article : 1000 kilomètres en bus, traversée des Andes, passage de la campagne à la ville, du Chili à l’Argentine. Retour à des habitudes que petit à petit je m’étais forgées ici à Mendoza, où tout est pourtant un peu différent maintenant.

Mais reprenons depuis le début ! Mon stage au Chili est terminé, et le 16 mars, en abandonnant Puerto Montt et ses communautés rurales, j’eus la sensation de laisser également derrière moi le meilleur de mon année. Au cours de ces deux mois de stage, j’ai trouvé plus que tout ce que j’aurais pu espérer (quand je pense que fin novembre, au plus sombre de mes recherches de stage, je voyais déjà se profiler comme un cauchemar ces deux mois seule en Argentine !). Dans le sud du Chili, à Lenca, Piedra Azul, j’ai découvert tout un monde avec sa culture, sa géographie, son histoire, ses problématiques, parfois tellement locales, parfois partagées avec l’Amérique Latine dans son ensemble. Cette expérience ce fut un enrichissement intellectuel inimaginable : des heures de discussion avec mon maître de stage, remise en question de toutes mes certitudes, lutte avec mes propres barrières culturelles, lecture sans fin de dizaines de sociologues ou antropologues, et puis, la sensation d’en savoir tellement plus et pourtant tellement peu, qu’une vie entière ne me sera jamais suffisante pour ne serait-ce qu’appréhender un peu mieux le monde. Mais des idéaux qui en sortent renforcés je crois et la conviction que si une goutte d’eau n’est rien dans l’océan, elle représente déjà un peu plus dans un dé à coudre, et si nous sommes tout petits dans ce monde, dans notre environnement local, et ensemble, nous pouvons faire changer les choses, un peu, comme un commencement en rêvant à la suite.

Le Chili, ce fut aussi, et surtout, une expérience humaine incroyable. J’ai rencontré des gens d’une beauté folle, ces visages creusés par tant d’années d’une vie qui jamais ne fut facile et qui pourtant, le temps d’un sourire s’illuminent, heureux de te voir, simplement, heureux de partager leurs histoires et leur repas. Avec les habitants de ces localités, jeunes ou âgés, écoutant leurs récits ou parcourant les chemins avec eux, j’ai appris à voir avec d’autres yeux, à oublier un petit peu ma racionalité d’occidentale (je vois d’ici les sourires de certains mais j’assume !). Avec Fabián j’ai appris l’importance de ne jamais laisser ce qui nous entoure devenir trop familier au point d’en être menacé d’invisibilité, j’ai appris à voir, à aimer les lieux pour l’histoire qui se cache derière eux, pour leur simplicité, pour leur existence tout simplement. Avec Jessica, j’ai parcouru la forêt apprenant le nom de chaque arbre, les propriétés de chaque plante, senti les parfums qui s’en dégagent et la spiritualité qui les entourent. Avec chacun, chacune, j’aurais appris quelque chose là-bas, et j’espère simplement que de tout cela le temps et le retour à d’autres contrées ne feront pas lettre morte.  J’ai même appris à jouer à l’escoba, avec un jeu de carte espagnol, enseignement que je mets en pratique ici : cela au moins, je ne l’oublierai pas, ni les soirées entières à jouer, entre erreurs en faveur de mes adversaires et fou rires contagieux !

Et aujourd’hui, je suis donc à Mendoza, installée dans ma nouvelle maison, en compagnie de deux argentines d’une trentaine d’année, « buena onda ».  Le retour a été quelque peu difficile : pas les 20 heures de bus égayées par un partage de maté avec les chauffeurs ( !) mais plutôt les premiers jours sur place. Mendoza, la ville, le bruit, des milliers de gens anonymes au lieu des villages dont je connaissais tous les habitants, la pollution, des montagnes désertiques cramées par le soleil comme pâle reflet des sommets chiliens verdoyants et bordées par la mer... mon esprit qui s’embrouille entre le « vos » argentin et l’accent chilien, mais ça c’est plutôt drôle ! Et puis des préocupations que j’avais presque oubliées : le taxi le soir car sinon « ça craint », la recherche de logement et toutes ses péripéties, le choix des cours, etc... Ce nouveau semestre, ce sont de nouveaux défis certes, mais sur des bases tellement plus solides, tant d’obstacles étant déjà tombés, presque sans que je m’en aperçoive, au premier semestre ! Au lieu de la solitude du mois de juillet, j’ai retrouvé des amis avec qui l’on a sans doute toujours pas fini de tout se raconter ! Les mystères du réseau de bus se sont grandement éclaircis pour moi ( !), se rendre à la fac ou en tout autre point de la ville n’a plus rien d’une expédition, les absurdités du système universitaire (ou autre) ne m’étonnent même plus... ou plutôt cela ne nous pose plus vraiment problème mais on en rit encore beaucoup !

Enfin voilà, ma vie mendocinienne a donc repris son cours et les cours : « Bases psychologiques de la communication », « Antropologie sociale et culturelle » et « Sociologie de la connaissance ». Mais ce n’est pas tout, avec l’université, je fais aussi de l’aérobic et du karaté : je vais avoir une condition physique impressionante ! Bon, encore faudra-t-il que je m’habitue aux incitations meurtrières de mon prof de karaté : c’est vrai j’exagère, mais j’ai encore du mal avec le « tu dois viser le foie, c’est là que ça fait mal ! Pense à l’application dans la vraie vie ! ». L’ennui c’est que je ne compte pas vraiment appliquer... mais bon, je vais faire abstraction !

En somme tout va bien, d’autant plus que dans une semaine jour pour jour, c’est à ma petite famille que je ferais découvrir Mendoza ! Et si à la fin du semestre dernier, j’étais passée vis-à-vis de cette ville de l’hostilité à l’indifférence, je crois que par moment, je commence presqu’à ressentir à son égard un semblant de tendresse... Mais halte là, n’allons pas trop vite tout de même !

100 0992 

Je me rends compte que je ne vous ai pas mis une seule photo des arbres qui ont peuplé mon paysage pendant deux mois, arbres typiques du sud chilien et de ses problématiques ! Sur la première photo, un alerce plus que millénaire et sur la deuxième, un bébé canelo, premier arbre que j'ai été capable de reconnaître à coup sûr !

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Par camellamendoza
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  • Salut à tous,ici Camille,partie pour une année d'études à Mendoza.Objectifs de ce blog:donner des nouvelles,offrir un aperçu(mais nécessairement subjectif et incomplet !)de l'Argentine,donner des infos à ceux qui y partiront aussi!

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