6 juillet, le grand départ approche dangereusement... Je retourne d’abord au Chili, une semaine, puis me resteront deux ou trois jours à Mendoza avant de filer à Buenos Aires et me « despedir » vraiment de l’Argentine. Mais en réalité, l’ambiance de départ et d’adieux a déjà pris ses quartiers à Mendoza. Les despedidas s’enchaînent, à commencer par la nôtre à Capucine et moi, les dernières fois en tout genre avant on ne sait combien de temps. On a envie de faire un bilan déjà, on repense à tout ce que l’on a fait, pas fait, mal fait (même si « il ne faut rien regretter » m’a dit Noelia ma coloc, « seulement se poser les bonnes questions »), à ce que l’on ramènera de tout cela, et on se rappelle le début, quand juillet 2010 semblait si lointain !
24 juillet 2009 : je posais le pied à Buenos Aires, explosée de fatigue, surexcitée partagée entre un reste de tristesse, de l’appréhension et l’euphorie !
24 octobre 2009, trois mois tout pile sur le sol argentin. Il m’en restait neuf, et cela me semblait insurmontable alors que je passais certes par de bons moments mais dans un pays auquel je me sentais desespérement et totalement étrangère.
24 février : j’étais alors au Chili, en stage, et j’ai presqu’été surprise en pensant que sept mois s’étaient écoulés, et que finalement, j’avais passé la moitié. Le mois de juillet 2010 me semblait soudain bien moins inaccessible, même plus si désirable en tout cas dans l’immédiat, et les cinq mois à venir à venir se profilaient plutôt bien, entrecoupés par la venue de ma famille.
24 juin, 2 juillet, 6 juillet... soudain le temps passe trop vite. Je me retourne et tout cela me semble incroyable. J’ai la sensation d’avoir été déposée par surprise au beau milieu de ce mois de juillet et voilà qu’il faut déjà partir... L’Argentine fut loin d’être l’évidence que j’aurais souhaité qu’elle soit, il y a de cela un an. Il a fallu l’apprendre, s’apprivoiser mutuellement, jongler entre mes identités de touriste, étudiante, française mais expatriée... Ce quotidien que j’ai tellement cherché à construire pendant tout un premier semestre où en réalité, je regrettais surtout celui de France, ce quotidien que je ne parvenais pas à créer, voilà qu’il m’est tombé dessus quelque part au cours de ce second semestre. C’est finalement lorsque je m’y attendais le moins que j’ai pris conscience que je l’avais trouvé mon quotidien et qu’il me plaisait.
Alors oui, j’ai detesté les sifflements dans la rue, les rayons déprimants de fromages tous identiques, et le chocolat « amer » incapable de dépasser les 50% de cacao ! Puis je me suis habituée aux rues désertes de la siesta du samedi après-midi, aux pizzas infâmes, à la conduite incroyable des chauffeurs de bus et même aux eternelles querelles entre les argentins et les horaires, mais jamais complètement à al villa miseria qui s’étend près de l’université et aux gamins débraillés qui nous interrogent de leurs grands yeux. Et maintenant que je m’en vais, je regrette déjà tellement de choses qui ont fait ma vie argentine ! Plus personne pour me saluer d’un « Hola buen día cómo te va ? » ou m’interpeller d’un « vení vení », il va falloir revenir pour de bon au français... Le sourire si chaleureux du vendeur de mon « negocio de la esquina », les asados qui commencent à 23h, les commentaires de mes coloc devant le football ou notre novela, le ciel toujours bleu de Mendoza, les discussions politiques passionées en cours de socio ou autour d’un maté, et Noelia et Ana chantant Mercedes Sosa dans la maison, oui tout cela et tant d’autres choses encore vont drôlement me manquer. Parce qu’ici c’était devenu chez moi, petit à petit, presque sans que je m’en aperçoive.
Alors maintenant qu’il faut partir, cela me semble presqu’absurde. Quitter la France fut un déchirement, bien plus difficile que ce que j’avais imaginé lorsque je pleurais de joie en lisant Mendoza en face de mon nom en février 2009. Eh bien quitter l’Argentine maintenant se révèle déchirant - différemment peut-être car de l’autre côté de l’océan ce n’est pas l’inconnu qui m’attend - mais terriblement difficile également, et tout aussi étonnant vu mon état d’esprit des premiers mois. Comme si l’Argentine avait décidé de me surprendre, coûte que coûte et jusqu’au bout, sacré Argentine !
Rentrer me fait un peu peur, dans ma tête tout plein de sentiments contradictoires s’entrechoquent, et ces derniers moments à Mendoza sont vraiment étranges, heureux et tristes. Parce que bien sûr, je vais retrouver une vie qui est la mienne, un pays qui est le mien, des personnes qui me sont chères, et des habitudes qui, comme le vélo, ne s’oublient certainement pas ! Mais ici, je laisse un an de vie et un bout de moi, au travers des lieux qui m’étaient devenus familiers, des habitudes que j’avais prises, et de gens extraordinaires auquels je m’étais attachée et qui m’ont portée, fait grandir. Je me raccroche à ce voyage en famille en Argentine qui nous a permis de partager plus concrètement une expérience si intranscriptible, à Capucine que je retrouverai à Rennes, amie et désormais éternelle ambassadrice de Mendoza pour moi, à tout ces amis français qui ont fait partie de mon Mendoza et que je recroiserai forcément en France, et à quelques mendocinos qui nous rejoindront en France, Daniel bien sûr, mais peut-être Ingrid aussi ! Je me raccroche à eux pour que mes deux mondes ne restent pas définitivement hermétiques. Et à tout ce que j’emporte au dedans de moi, souvenirs, idées, images, sensations qui me font croire que oui, je ramène aussi avec moi un peu de cette Cami d’Amérique Latine et de tout ce que j’ai vu, vécu et aimé là-bas ! Dur dur de se dire que ce que l’on quitte ici, même si on le retrouve un jour, ce ne sera jamais exactement pareil... mais finalement, c’est surement mieux comme ça, cette année restera unique et irremplaçable à tout point de vue, et c’est tant mieux ! Alors, chau Argentina, un abrazo grande, y nos vemos !